Nous avons construit des villes, inventé des dieux, bâti des civilisations autour de cosmogonies et de récits savants, bref, nous avons tout fait pour distinguer nos origines archaïques de notre statut de créatures intelligentes. Sans réussir à faire disparaître cette part animale tapie en nous comme une mémoire plus ancienne que la culture.
Des Hamar d’Éthiopie, qui choisissent un bovin comme double symbolique, aux fables d’Ésope et de La Fontaine qui font parler corbeaux, cigognes ou cigales pour mieux instruire les humains, l’identification à l’animal prouve notre indéfectible attachement à nos compagnons à deux, quatre, six ou huit pattes.
La modernité n’a pas effacé ce lien. Au contraire, la prise de conscience de la fragilité de nos écosystèmes l’a renforcé. Elle a réhabilité la notion d’animal jusque dans nos lois, considéré nos chiens et nos chats comme des membres de la famille, objets de soins, de dépenses et d’attentions sans limites. L’animal n’est plus cet autre qui nous renvoie à notre état primitif. Il est un miroir où se reflète, peut-être, la part la plus troublante de notre humanité.